L'architecture des infrastructures raconte l'évolution de nos sociétés

Les discussions sur les Small / Advanced Modular Reactors (SMR, AMR) portent presque toujours sur la technologie : puissance, combustible, sûreté, modularité, coûts ou encore délais de construction.

Pourtant, lors de l'Assemblée Générale de la SFEN, une conférence de Brice Piechaczyk, architecte d'ITER, m'a fait découvrir une dimension du nucléaire dont on parle beaucoup moins : l'architecture.

Cette intervention m'a rappelé une idée simple mais profonde :

L'architecture des infrastructures raconte l'évolution de nos sociétés. Le nucléaire n'est finalement qu'un chapitre de cette histoire.

Une infrastructure ne sert pas uniquement à produire

En retraçant plus de deux millénaires d'histoire de l'architecture, Brice Piechaczyk montre que les grandes infrastructures ont toujours répondu à trois besoins fondamentaux :

  • vivre ensemble ;

  • protéger ;

  • produire.

Ces trois dimensions traversent les époques, quelles que soient les technologies employées.

Construire pour vivre ensemble

Le Pont du Gard, le Colisée ou encore le Chand Baori en Inde ne sont pas seulement des prouesses techniques. Ce sont des ouvrages pensés pour répondre à un besoin collectif, tout en créant un lieu de rencontre, d'échange ou de vie. Ils démontrent qu'une infrastructure peut être à la fois utile, durable et porteuse d'une identité propre.

Construire pour protéger

Des forteresses médiévales au château de Coucy, en passant par la ville fortifiée de Palmanova, la fonction de protection a toujours influencé la forme des bâtiments. L'architecture traduit alors les contraintes de son époque : protéger un territoire, résister à une attaque, organiser les flux ou sécuriser les populations.

Construire pour produire

Avec la révolution industrielle apparaît une nouvelle catégorie d'infrastructures : les usines. Au départ, elles répondent essentiellement à un objectif d'efficacité et de production de masse. Puis, progressivement, les industriels cherchent à donner une identité à ces bâtiments.

Le Familistère de Guise, les réalisations de Le Corbusier, le barrage Hoover ou encore certains bâtiments du CEA illustrent cette évolution : l'architecture industrielle cesse d'être uniquement fonctionnelle et devient aussi un langage, une manière d'exprimer une vision de l'industrie et du progrès.

ITER : lorsque l'architecture accompagne la science

On parle souvent de ce projet pour ses défis scientifiques ou technologiques. Pourtant, il possède également une véritable ambition architecturale.

Brice Piechaczyk a expliqué qu'une charte architecturale avait été développée pour le site, afin d'intégrer l'installation dans son environnement provençal, avec les miroirs reflétant les montagnes de Cézanne.

Cette approche rappelle qu'un grand équipement scientifique ne se résume pas à sa fonction. Il s'inscrit dans un territoire, dialogue avec son environnement et contribue à façonner le paysage qui l'entoure.

Les SMR : une nouvelle page à écrire

Leur taille réduite, leur modularité et la diversité de leurs futurs sites d'implantation ouvrent des questions inédites.

Comment un SMR s'intègre-t-il dans un paysage naturel ? Comment dialogue-t-il avec une ville ? Doit-il s'affirmer comme un symbole technologique ou, au contraire, se fondre dans son environnement ?

Ces interrogations étaient au cœur du récent concours d'architecture consacré aux SMR, qui a récompensé quatre visions complémentaires :

  • une architecture qui assume la présence de l'installation ;

  • une architecture qui s'intègre discrètement au paysage ;

  • une implantation en environnement urbain dense ;

  • une réflexion sur l'avenir des sites et leur reconversion après leur exploitation.

Ces projets montrent que l'architecture ne constitue pas une réflexion secondaire. Elle participe pleinement à l'acceptabilité, à l'intégration territoriale et à l'identité des futures infrastructures énergétiques.

Une autre manière de regarder le nucléaire

En tant qu'ingénieure en instrumentation nucléaire, j'ai longtemps observé les installations à travers le prisme de la physique, des détecteurs, des mesures et de la sûreté. Cette conférence m'a rappelé qu'une infrastructure industrielle est aussi un objet culturel. Elle façonne un territoire, accompagne les usages d'une société et traduit une certaine vision du progrès. Finalement, les SMR ne seront pas seulement une innovation technologique. Ils seront aussi une nouvelle manière de dessiner notre paysage énergétique.

https://www.enia.fr/fr/projet/iter

https://www.sfen.org/evenement/prix-architecture/

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