Détecteurs de rayonnement : les mêmes du REP à la Génération IV ?

Les lois de la physique ne changent pas. Un neutron reste un neutron et les grandes familles de détecteurs de rayonnement reposent toujours sur les mêmes principes d’interaction entre rayonnement et matière. Alors, lorsque l’on passe d’un réacteur à eau pressurisée (REP) à un réacteur de Génération IV, peut-on simplement conserver les mêmes technologies de détection ?

La réponse est, comme souvent, “ça dépend”. Une partie de l’expérience acquise reste valable, mais l’environnement du détecteur peut changer considérablement modifiant les conditions dans lesquelles les détecteurs doivent fonctionner.

REP et Génération IV : ce qui reste

Quel que soit le concept de réacteur, l’instrumentation répond à des besoins fondamentaux : surveiller le fonctionnement du réacteur, mesurer les champs de rayonnement et fournir les informations nécessaires au contrôle, à l’exploitation et à la sûreté de l’installation.

Au moment de choisir une technologie de détection, les mêmes questions se posent :

Quel rayonnement veut-on mesurer ? Dans quelle gamme d’énergie et de flux ? Avec quelle précision ? Pendant combien de temps ? En direct ou en différé?

Détecteurs gazeux, scintillateurs, semi-conducteurs, dosimètres, chambres d’ionisation… les principes physiques sur lesquels reposent ces technologies ne disparaissent évidemment pas avec l’arrivée de nouvelles générations de réacteurs.

Prenons l’exemple de l’énergie des neutrons. Dans un réacteur à eau pressurisée, la réaction en chaîne est principalement entretenue par des neutrons de faible énergie, appelés neutrons thermiques. Une partie importante de l’instrumentation neutronique est donc conçue pour être sensible à cette population de neutrons et permettre une mesure fiable du flux neutronique.

Nous pouvons alors imaginer que, lorsqu’un besoin similaire de mesure des neutrons thermiques existe dans un autre concept de réacteur, y compris certains systèmes de Génération IV, les technologies de détection déjà utilisées dans les REP puissent constituer un point de départ. Il ne s’agit pas nécessairement de réutiliser le détecteur à l’identique, mais plutôt de capitaliser sur une technologie et un retour d’expérience déjà existants.

Mais changeons maintenant le spectre neutronique, la température ou l’environnement du détecteur : cette transposition devient beaucoup moins évidente.

Génération IV : ce qui peut changer

Il faut tout d’abord rappeler que la Génération IV ne désigne pas une technologie unique.

Elle regroupe plusieurs concepts de réacteurs, avec des choix différents en matière de spectre neutronique, de caloporteur, de température de fonctionnement ou encore de matériaux. Selon le concept considéré, l’instrumentation peut ainsi être confrontée à :

  • des spectres neutroniques différents, notamment pour les systèmes à spectre rapide ;

  • des températures de fonctionnement plus élevées ;

  • des flux neutroniques et gamma importants et des doses cumulées élevées ;

  • de nouveaux environnements physico-chimiques, liés notamment au choix du caloporteur ;

  • des contraintes différentes d’implantation, d’accessibilité et de maintenance.

Autrement dit, le rayonnement à détecter n’est qu’une partie du problème. Un détecteur performant dans certaines conditions d’un REP n’est pas nécessairement directement transposable dans l’environnement d’un réacteur de Génération IV.

Revenons à notre exemple de l’énergie des neutrons. Lorsqu’un réacteur avancé est dit « à spectre rapide », cela signifie que la réaction en chaîne est entretenue par des neutrons de haute énergie, appelés neutrons rapides. On parle notamment de RNR, ou Réacteurs à Neutrons Rapides.

On peut également préciser la nature du caloporteur : un RNR-Na désigne ainsi un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium. Contrairement à un REP, dans lequel les neutrons sont ralentis afin d’entretenir la réaction en chaîne avec des neutrons thermiques, un RNR cherche à préserver un spectre neutronique rapide.

Pour l’instrumentation, la différence est importante : le système de détection doit être adapté à une population de neutrons dont les énergies sont très différentes. Les technologies très sensibles aux neutrons thermiques ne sont donc pas transposables.

À cela s’ajoute un autre enjeu : la qualité des simulations et de la conception de l’instrumentation dépend des données nucléaires décrivant les interactions entre les neutrons et la matière. Pour certaines réactions et matériaux dans les gammes d’énergie du domaine rapide, ces données sont moins bien connues et présentent des incertitudes plus importantes, qui se répercutent sur les calculs.

De l’expérience des REP aux futurs réacteurs

Les décennies d’exploitation des réacteurs actuels constituent une base considérable de connaissances en instrumentation nucléaire. L’enjeu des nouvelles générations n’est pas nécessairement de repartir de zéro, mais de déterminer ce qui peut être transféré, ce qui doit être adapté et ce qui doit être repensé.

Et cette réflexion intervient alors même que plusieurs concepts de réacteurs avancés sont encore en développement.

Cette comparaison est placée au cœur de la formation VS360 consacrée à l’instrumentation et à la détection des rayonnements, des réacteurs conventionnels aux réacteurs de Génération IV. L’objectif : comprendre les principes communs, identifier les nouvelles contraintes et apprendre à raisonner sur le choix d’une solution de détection en fonction de l’environnement du réacteur.

Pour les entreprises ou équipes qui souhaitent d’abord acquérir une vision plus générale du secteur nucléaire avant d’aborder ces problématiques techniques, je propose également une formation d’acculturation au nucléaire.

Détecteurs de rayonnement : les mêmes du REP à la Génération IV ?

Détecteurs de rayonnement : les mêmes du REP à la Génération IV ?

Next
Next

Nuclear Fusion: What Are the Alternatives to the Tokamak?